Réforme du sport professionnel : ce que change la proposition de loi adoptée à l’Assemblée
Le 29 juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel. Plafonnement des rémunérations des dirigeants, contrôle de la Cour des comptes, pouvoirs renforcés de la DNCG, interdiction de la multipropriété : le texte redessine en profondeur la gouvernance du sport français. Décryptage juridique avant la commission mixte paritaire du 21 juillet.
Un texte issu d’un long parcours parlementaire
La proposition de loi a été adoptée par les députés en première lecture le 29 juin 2026, par 75 voix contre 2, à l’issue d’une procédure accélérée. Elle avait déjà été votée en première lecture par le Sénat en juin 2025. Députés et sénateurs doivent désormais se réunir en commission mixte paritaire (CMP) le 21 juillet 2026 pour arrêter une version commune. Plusieurs dispositions restant en discussion, il faut lire le texte adopté comme une étape, non comme le droit définitif.
L’ambition affichée est claire : moraliser et sécuriser un secteur devenu économiquement stratégique, en renforçant les contrôles et en rééquilibrant les pouvoirs entre les acteurs. Plusieurs matières juridiques sont mobilisées simultanément.
Gouvernance du sport : un rapport de force redessiné
Le premier volet touche à l’architecture même du mouvement sportif. Le texte prévoit que les fédérations pourront, après approbation du gouvernement, retirer aux ligues professionnelles leur « subdélégation de service public » en cas de « défaillances graves » ou de décisions engendrant « des difficultés sérieuses de financement ».
Autre mesure structurante : les représentants du sport professionnel ne pourront plus détenir plus de 25 % des droits de vote dans les assemblées générales des fédérations. Le curseur du pouvoir est ainsi déplacé au profit des fédérations délégataires, dépositaires de la mission de service public, au détriment de l’autonomie acquise par les ligues au fil des années.
Sur le plan juridique, on est au cœur du modèle français : la délégation de service public consentie aux fédérations et la subdélégation aux ligues. Le texte réaffirme la primauté de la fédération et la nature encadrée des prérogatives déléguées, qui peuvent être reprises lorsque l’intérêt général l’exige.
Contrôle financier : Cour des comptes et DNCG renforcées
Le deuxième volet est celui du contrôle. Les députés ont approuvé le principe d’un contrôle des fédérations et des ligues par la Cour des comptes. C’est une évolution notable : des personnes morales de droit privé, mais chargées d’une mission de service public et bénéficiant de financements publics, sont soumises au regard de la juridiction financière.
En parallèle, la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) conserve et voit consolidés ses pouvoirs étendus, pouvant aller jusqu’à autoriser ou s’opposer à la cession d’un club. Le contrôle de gestion des clubs, déjà bien installé en France, gagne ainsi en portée : il ne s’agit plus seulement de vérifier des équilibres budgétaires, mais de peser sur des opérations capitalistiques.
Rémunérations des dirigeants : le plafond par la loi
C’est la mesure la plus commentée. Le texte instaure des plafonds de rémunération pour les dirigeants des fédérations, des ligues professionnelles et de leurs sociétés commerciales. Les rémunérations des dirigeants et salariés des fédérations ne pourraient pas dépasser trois fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, soit environ 144 000 € par an en valeur 2026 ; celles des dirigeants de ligues professionnelles seraient limitées à 450 000 € bruts annuels. S’y ajoute un contrôle d’honorabilité écartant les personnes condamnées pour des faits tels que l’extorsion, le blanchiment, le dopage ou les atteintes aux personnes.
Juridiquement, la mesure interroge. Fédérations et ligues sont des personnes privées, et le législateur vient encadrer la liberté contractuelle et la liberté de gestion de structures associatives et commerciales. La question de la proportionnalité — l’objectif de bonne gestion des fonds justifie-t-il l’ampleur de la contrainte ? — sera au cœur des débats, y compris sous l’angle constitutionnel de la liberté d’entreprendre et de la liberté d’association.
Football : multipropriété et solidarité avec le sport féminin
Concernant plus spécifiquement le football, le texte prévoit une interdiction de la multipropriété d’un club français et d’un autre club situé à l’étranger, disposition présentée comme non rétroactive. L’enjeu est celui de l’intégrité des compétitions et de la prévention des conflits d’intérêts, dans un contexte de multiplication des groupes multi-clubs.
Le volet féminin, enfin, est renforcé : mécanismes de solidarité financière entre compétitions masculines et féminines et prise en compte du développement du sport féminin dans les critères de répartition des revenus. Ce volet fait écho, dans le champ conventionnel, à la toute récente convention collective des footballeuses professionnelles.
Portée et perspectives
Le texte adopté n’est pas la loi définitive. La CMP du 21 juillet 2026 devra trancher les points de divergence entre les deux chambres — la multipropriété et certains aspects du contrôle et des plafonds figurant parmi les sujets encore ouverts. En cas d’accord, le texte commun repartira devant chaque assemblée ; à défaut, la procédure se poursuivra. Il faut donc distinguer, à ce stade, ce qui est acquis dans le principe de ce qui reste susceptible d’évolution.
Conclusion
Cette réforme marque un mouvement de fond : l’État resserre son contrôle sur un secteur privé chargé d’une mission publique et devenu une industrie. Renforcement du rôle des fédérations, contrôle de la Cour des comptes, DNCG consolidée, plafonnement des rémunérations : la logique est celle d’une gouvernance plus encadrée et plus transparente. Reste la question, classique en droit public économique, de l’équilibre entre l’objectif d’intérêt général et le respect de l’autonomie du mouvement sportif et des libertés des acteurs. Le rendez-vous du 21 juillet dira jusqu’où le législateur est prêt à aller.