Tennis : la triste réalité derrière le scandale des matchs arrangés

Derrière chaque scandale se cache malheureusement une réalité ignorée du grand public et sur laquelle personne ne s’attarde.

Et parce qu’il faut attirer le lecteur, on lit parfois des articles dont la mise en scène laisse penser à des profils de délinquants.

La réalité est bien différente et se résume, ni plus ni moins, au bilan comptable d’un rêve d’enfant.

Une saison à perte : “tu payes pour espérer percer”

Dans l’imaginaire collectif, le tennis professionnel est synonyme de luxe, de voyages et de gains colossaux.

Une réalité incarnée par les “top players” dont les victoires en grand chelem rapportent plusieurs millions d’euros.

Mais derrière cette vitrine, une autre économie existe : celle des joueurs classés au-delà du top 100 mondial. Une économie fragile, déficitaire et qui ne doit être qu’une courte étape, tant elle est intenable financièrement.

Au plus vite le joueur atteint le top 100, au plus les chances de vivre son rêve deviennent sérieuses. À défaut, les dettes s’accumulent et les sources de financement se font de plus en plus maigres.

Pour un joueur classé au delà du top 100, une saison complète représente un investissement considérable.

Au total, selon le circuit sur lequel le joueur évolue le joueur une année ne coûte pas moins de 50.000€ et va au delà de 150 000 € selon les objectifs fixés :

  • entraîneur (forfait mensuel + frais de déplacements en tournoi + parfois prime sur les résultats)

  • déplacements internationaux (obligation de jouer à l’étranger pour multiplier les tournois et donc les chances de gagner en classement)

  • hôtels (selon les tournois les joueurs ne sont pas logés)

  • préparation physique et mentale (un indispensable pour les joueurs de haut niveau)

  • frais d’inscription (les tournois sont payants)

  • coût de la vie au quotidien (logement, véhicule, alimentation etc…)

Ces coûts sont à mettre en perspective avec les sources de revenus et notamment les gains en tournoi qui évidemment sont bien trop faibles pour atteindre, ne serait-ce que l’équilibre.

Des gains insuffisants : “même gagner un tournoi ne suffit pas”

Sur le circuit ITF, qui est la première étape du circuit professionnel, même le vainqueur d’un tournoi peut perdre de l’argent :

  • Sur les tournois M15/W15 le vainqueur perçoit aux alentours de 2.000$ brut et sur les tournois M25/W35, la récompense en cas de victoire avoisine 3.000$ .

Le français Kenny De Schepper, ancien 62e joueur mondial, qui était redescendu au-delà de la 600e place en raison d'une série de blessures pendant deux ans, déclarait lors d’une interview :

« J’ai gagné pas mal à l’époque, mais je n’ai pas fait de folies, j’ai fait attention. Donc actuellement je vis bien, mais il ne faut pas que je reste dans ces tournois ITF trop longtemps, ça deviendrait compliqué financièrement. »

Sur le circuit Challenger, qui regroupe les joueurs aux portes du top 100, les gains sont plus élevés mais les dépenses sont également supérieures.

  • Un Challenger 50, auxquels des joueurs du top 100 participent,offre une prime au vainqueur d’environ 8.000$ contre environ 600$ pour une défaite au 1er tour. Sur les plus gros challenger les gains peuvent atteindre 40.000$ pour le vainqueur, ce qui reste relativement faible compte tenu des dépenses engagées.

Daniel Taro, qui a atteint à son meilleur la 58ème place mondiale, déclarait lorsqu’il était rédescendu aux alentours de la 150ème place mondiale :

« mon relevé de carte de crédit atteint au moins 20 000 dollars par mois uniquement pour les dépenses opérationnelles — hôtels, nourriture, vols — sans compter les salaires que je verse à mon équipe… En tant que joueur de tennis, vous êtes comme une petite entreprise, sauf que tous vos employés voyagent en permanence. »

Interrogé par Eurosport sur les challengers suite à l’annonce de l’augmentation des “prize money”, Arnaud Clément déclarait :

« dans le tennis, les tout meilleurs gagnent très bien leur vie, mais derrière ça se creuse très vite. Avec ces augmentations de ‘prize money’, un 250e mondial peut réussir à équilibrer ses comptes financièrement. Il y a plus de joueurs qui peuvent vivre du tennis. »

En résumé, seuls ceux qui percent atteignent l’équilibre voire la rentabilité mais cet état est directement lié à la performance sportive.

Au moindre ralentissement, la sérénité enfin atteinte s’effondre. Et à ce niveau là, les sponsors offrent des dotations mais pas de contrats rémunérés, qui permettraient de compenser les pertes.

Face à cette précarité, il n’est pas étonnant que des joueurs acceptent des propositions que certains mettent en place en parfaitement connaissance de cause.

La tentation des matchs arrangés : “la précarité te fait perdre tes repères”

Dans ce contexte économique précaire, nul doute que des réseaux criminels allaient finir par y voir une opportunité. Non pas pour venir en aide aux joueurs, mais pour tirer profit de leur situation.

À en croire les articles de journeaux, ils seraient plus de 134 joueurs de tennis impliqués dans des matchs arrangés.

Rien d’étonnant.

Quoi de moins risqué, que d’aborder un jeune de moins de 30 ans, pour lui proposer de gagner presque autant que le vainqueur du tournoi s’il perd juste un jeu de service?

Et c’est d’autant plus facile, lorsque ce joueur est depuis des années sur le circuit ITF à cumuler les saisons déficitaires que ses proches absorbent.

Par désespoir, isolement, par pertes de repères et même par épuisement, il arrive bien souvent que des pensées déviantes surgissent et la limite entre le “oui” et le “non” ne fait que s’estomper au grès des sollicitations.

La faute peut donc vite arriver, sans en mesurer les conséquences qui sont disproportionnées par rapport aux gains.

Les sanctions prononcées par l’ITIA dernièrement en témoignent, avec pour le cas le plus grave, un bannissement à vie de toute manifestation professionnelle de tennis.

C’est précisément dans ce contexte et parce que tous ces joueurs isolés sont particulièrement vulnérables qu’Outsite a été pensé.

Conclusion : s’entourer pour ne pas se laisser influencer

Le tennis est aujourd’hui l’un des sports les plus inégalitaires.

D’un côté :

  • une élite

  • des revenus records

  • un accompagnement optimal.

De l’autre :

  • des centaines de joueurs isolés

  • un engagement à 100%

  • des saisons déficitaires.

Et au milieu, une zone grise où certains peuvent passer de la lumière à l’ombre en un claquement de doigt.


Telle est la délicate équation qui a fait naitre Outsite.

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